Raphaël Comte

PLR. Les Libéraux-Radicaux
FDP. Die Liberalen

La rédaction de Libertés neuchâteloises a rencontré Raphaël Comte, candidat du PLR au Conseil des Etats et président de l’Association des communes neuchâteloises, pour une interview exclusive. L’occasion de parler de l’actualité politique et de faire plus ample connaissance avec celui que le PLR souhaite voir succéder à Didier Burkhalter.
 

Questions générales


LN : Raphaël Comte, vous êtes président de l’Association des communes neuchâteloises (ACN) depuis 1 an. Quel bilan tirez-vous de cette première année de présidence ?
 

RC : J’en tire un bilan tout à fait positif. J’ai un immense plaisir à travailler au sein de l’ACN, car l’ambiance est extrêmement positive, au point que les appartenances partisanes disparaissent au profit de l’intérêt général. Il est d’ailleurs intéressant de voir combien, au sein des exécutifs communaux, il est possible de travailler ensemble entre des élus de gauche et de droite. Au sein du comité, composé de 13 membres, nous arrivons presque toujours à trouver des solutions consensuelles.

 

LN : Raphaël Comte, l’ACN s’est beaucoup profilée durant cette année. On parle même beaucoup maintenant d’un véritable lobby des communes. Comment voyez-vous la chose ?

RC : Lorsque j’ai pris la présidence de l’ACN, j’ai tout de suite mis les choses au point : pour moi, l’ACN ne doit pas être un lobby négatif, critiquant tout ce que fait l’Etat, une sorte de syndicat des conseillers communaux. Certes, l’ACN est amenée à mettre en avant le point de vue des communes, mais pour moi il est essentiel de garder toujours à l’esprit l’intérêt général de l’ensemble du canton. Si une réforme est bonne pour le canton, même si elle peut remettre en cause certaines habitudes ou prérogatives communales, je pense qu’on ne peut pas juste s’opposer : cela ne serait pas responsable, et les élus communaux sont des gens responsables qui savent voir au-delà de leurs intérêts personnels.
 

LN : Comment éviter que l’ACN tombe dans une opposition systématique à l’Etat ?

RC : En étant avant tout une force de proposition. On peut s’opposer à l’Etat sur certains dossiers, mais dans ce cas il faut faire d’autres propositions. Dire seulement non, c’est le degré zéro de la politique ! C’est le meilleur moyen de ne pas avancer dans ce canton. L’ACN a lancé les « Etats généraux des communes », une vaste réflexion sur le rôle des communes et sur leur avenir, et notamment sur les fusions nécessaires pour revitaliser l’institution communale. Plus de 150 élus se sont réunis à La Chaux-de-Fonds pour débattre des premières réflexions : cela montre bien que, lorsqu’on a le courage de parler des sujets de fond, les élus sont là et qu’ils sont prêts à débattre sans préjugés.
 

LN : Lors du dernier Grand Conseil, Jean Studer, chef des finances, s’est excusé pour l’attitude du Conseil d’Etat à l’égard des communes. Effet de manche ou déclarations sincères ?

RC : Instinctivement, je crois qu’il faut toujours partir du principe que les gens sont sincères. Sinon, comment travailler ensemble si vous pensez que votre interlocuteur n’est pas honnête ? Mais il est clair que la confiance se mérite, et que les relations entre Etat et communes ont trop longtemps été mauvaises ou inexistantes. Cela doit changer. Les communes ont proposé au Conseil d’Etat d’engager un véritable partenariat. La proposition tient toujours. Nous verrons très rapidement si les propos tenus devant le Grand Conseil se concrétisent, mais le Conseil d’Etat peut-il réellement se permettre de ne pas tenir ses promesses ?
 

LN : L’ACN a renoncé à lancer un référendum contre la contribution de solidarité votée par le Grand Conseil pour 2010. Pour quelles raisons ?

RC : Cette contribution de solidarité n’enchante naturellement pas les communes, il y a un ras-le-bol certain face aux reports de charges sur les communes qui sont régulièrement proposés par le Conseil d’Etat. Le fait que le Grand Conseil ait rejeté les propositions du Conseil d’Etat, qui allaient beaucoup plus loin, et ait voté une contribution de solidarité limitée à une année a sans doute pesé dans la balance. Lancer un référendum contre une mesure limitée à 1 an, est-ce raisonnable, surtout quand on connaît les coûts qu’implique une votation populaire ? Les communes ont voulu donner une dernière chance au Conseil d’Etat de s’attaquer au déficit structurel de l’Etat et de lancer dès maintenant les réformes nécessaires. Si nous avions lancé le référendum, tout aurait été bloqué pendant 6 mois : nous ne pouvons pas nous le permettre, c’est l’intérêt du canton et des communes de pouvoir avancer. Mais il va de soi que, maintenant, le Conseil d’Etat doit trouver des solutions : pour le budget 2011, les communes ne seront pas aussi conciliantes, nous avons donné notre confiance au Conseil d’Etat pour une année, nous ne voulons pas être trahis !

Questions personnelles

 

LN : Raphaël Comte, vous ne parlez pas beaucoup de vous alors que, de plus en plus, les politiciens sont amenés à parler d’eux pour attirer l’attention des médias.

RC : Fondamentalement, je n’aime pas parler de moi. Je ne sais pas si c’est un relent de la culture protestante neuchâteloise qui m’y conduit, mais j’estime que la politique, c’est la défense d’idées et de valeurs, et je n’aime pas voir la forme prendre le dessus sur le fond. Plus les politiciens parlent d’eux, moins ils parlent de leurs projets. Or ce qui est important, ce sont les projets, pas la vie des politiciens. Et les politiciens qui ne font que parler d’eux n’ont souvent pas beaucoup de projets…
 

LN : La politique, une passion familiale ? 

RC : Pas du tout ! Ma famille n’a jamais fait de politique, c’est une passion qui m’est venue à l’écoute des médias et à l’école, par des discussions avec mes camarades d’école notamment.
 

LN : A part la politique, quels sont vos hobbies ? 

RC : J’aime beaucoup la lecture, le théâtre et le sport. Je viens de reprendre une activité sportive, c’était un besoin réel après une longue pause.
 

LN : Connaissez-vous bien la Suisse alémanique ?

RC : J’ai étudié le droit à Berne et à Zurich, et j’ai gardé une chambre à Zurich afin de pouvoir y être le week-end et y perfectionner mon allemand. J’ai donc appris à connaître les Suisses allemands, c’est fondamental si on veut aller au parlement fédéral !
 

LN : Que répondez-vous à ceux qui pensent que vous être trop jeune pour aller à Berne ? 

RC : Alain Berset, qui vient de présider le Conseil des Etats, a été élu à l’âge de 31 ans. Le Conseil national vient de se choisir une jeune présidente également. En fin de compte, la politique est une question d’équilibre : il faut que toutes les générations travaillent ensemble et soient représentées à Berne. La moyenne d’âge au Conseil des Etats est actuellement de 55 ans : si j’étais élu, cela ne serait pas une révolution, la moyenne d’âge ne chuterait pas de manière vertigineuse ! Mais cela permettrait à la jeune génération d’être mieux représentée et cela renforcerait sans aucun doute le dialogue entre les générations qui est primordial à mes yeux.

Questions politiques

 

LN : A votre avis, quelle est la priorité politique principale aujourd’hui ?

 RC : En premier lieu, l’emploi. La situation économique est inquiétante, une grande partie de la population craint pour son travail et pour son avenir. Nous avons le devoir de tout mettre en œuvre pour rassurer et pour donner à l’économie les meilleures armes pour affronter la crise. Le canton de Neuchâtel est particulièrement touché : plus de 10% de chômage à La Chaux-de-Fonds, c’est dramatique, il faut donc se serrer les coudes et créer les meilleures conditions-cadres pour que la reprise revienne le plus rapidement possible.

LN : Que pensez-vous des autres candidats à cette élection complémentaire ? 

RC : Je respecte tous les candidats, le respect doit être à la base de la politique. Naturellement, nous avons des profils et des idées différentes, et le peuple fera son choix. Au-delà des candidats, c’est surtout une question d’équilibre qui est en jeu : actuellement, le PS et le PLR se partagent les deux sièges neuchâtelois au Conseil des Etats. Avoir une représentation équitable entre la gauche et la droite, c’est important, surtout en période de crise. Nous ne pouvons pas nous permettre des blocages, notre pays doit avancer pour sortir de la crise. 

LN : Il y a quelques mois, le PLR a soutenu la candidature de Didier Berberat pour la succession de Gisèle Ory, et l’élection a été tacite. Pensez-vous que le PS aurait dû « renvoyer l’ascenseur » au PLR ?

RC : Je comprends qu’il soit difficile pour un parti de gauche de soutenir un candidat PLR, même si les récents débats au Grand Conseil ont montré que ces deux partis étaient capables de trouver des consensus lorsque l’intérêt du canton est en jeu. Une sorte de « réciprocité » aurait été d’une certaine grandeur. Mais la politique prime souvent dans ces cas-là. J’espère toutefois que la population verra dans cette élection l’occasion de manifester son attachement à une certaine justice et à un véritable équilibre entre les forces politiques de notre canton. De nombreuses électrices et électeurs de gauche défendent le consensus et reconnaissent la légitimité du PLR à disposer d’un représentant au Conseil des Etats : je souhaite donc que cette élection soit marquée par un certain rassemblement et que les barrières partisanes ne deviennent pas des obstacles insurmontables.

Propos recueillis par la rédaction de Libertés neuchâteloises

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